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Réglementation

Les critères de qualification pour soumissionner à un marché public en Algérie

La qualification n’est pas un concept uniforme en droit algérien des marchés publics — elle recouvre deux réalités distinctes : des exigences légales fixées par secteur d’activité (le certificat de qualification et de classification professionnelle), et des capacités que le service contractant vérifie marché par marché dans le dossier de candidature. Comprendre la différence est la première étape pour ne pas se voir éliminé à tort — ou pour cibler les bons marchés selon votre profil.

Les deux niveaux de qualification

Niveau 1 — Le certificat de qualification et de classification professionnelle (obligatoire par secteur)

Pour certains secteurs d’activité, la détention d’un certificat de qualification et de classification professionnelle est une condition légale obligatoire pour conclure un marché public — indépendamment de ce que dit le cahier des charges. Les secteurs concernés incluent notamment :

  • Bâtiment et travaux publics (BTP)
  • Travaux publics (routes, ouvrages d’art)
  • Ressources en eau (hydraulique)
  • Agriculture et développement rural
  • Technologies de l’information et de la communication (TIC)

Ce certificat est délivré par les organismes sectoriels compétents (selon le secteur : direction des travaux publics de wilaya, organismes professionnels agréés, etc.) sur la base d’une évaluation des moyens humains, matériels et des références de l’entreprise. Il comporte une classification (niveau) qui détermine les montants de marchés auxquels l’entreprise peut soumissionner dans ce secteur.

Ce que ça veut dire concrètement : si votre entreprise est dans le BTP et ne détient pas ce certificat, elle est inéligible aux marchés publics de ce secteur — point. Aucune qualité de dossier ne peut compenser cette absence.

Niveau 2 — Les capacités vérifiées marché par marché

Pour tous les marchés, le service contractant est tenu de vérifier les capacités techniques, professionnelles et financières des candidats avant l’évaluation de l’offre proprement dite (article 43 de la loi n° 23-12 du 5 août 2023). Ces capacités sont définies dans le cahier des charges de chaque marché — elles varient donc d’un AAO à l’autre.

Trois catégories de capacités sont généralement évaluées :

Capacités techniques — moyens matériels disponibles, équipements, outils de production ou d’intervention.

Capacités professionnelles — références de projets similaires déjà réalisés (nature, montant, client), qualifications et certifications du personnel clé, attestations de bonne exécution sur des marchés comparables.

Capacités financières — chiffre d’affaires des dernières années (souvent les 3 derniers exercices), bilans financiers, capacité à porter le marché financièrement (avances, garanties, trésorerie).

Ce qui est nouveau avec la loi 23-12 : se prévaloir des capacités d’autres entreprises

C’est un point important introduit par la réglementation récente et confirmé dans la loi 23-12 (article 44) : un candidat ou soumissionnaire peut se prévaloir des capacités d’une autre entreprise pour renforcer son dossier de candidature — à condition qu’un lien juridique existe entre les deux.

Les liens juridiques acceptés sont :

  • Sous-traitance — l’entreprise tierce interviendra comme sous-traitante sur le marché
  • Cotraitance — réponse en groupement momentané d’entreprises (GME)
  • Relation statutaire — filiale ou société mère du même groupe

La condition impérative : l’entreprise dont vous utilisez les capacités doit participer effectivement à la procédure — vous ne pouvez pas emprunter des références sur le papier sans que l’entreprise concernée soit réellement impliquée dans l’exécution du marché.

Ce que ça change en pratique : une entreprise jeune ou de taille modeste peut soumissionner à des marchés qui dépassent ses seules capacités, en s’associant avec un partenaire plus expérimenté via un GME ou une convention de sous-traitance. C’est un levier sous-utilisé, notamment par les PME qui s’autocensurent face à des marchés d’un montant élevé.

Le fichier national des opérateurs économiques

La loi 23-12 prévoit la tenue d’un fichier national, de fichiers sectoriels et d’un fichier propre à chaque service contractant, régulièrement mis à jour, pour recenser et vérifier les capacités des opérateurs économiques. Ce dispositif vise à faciliter la vérification des candidats et à éviter la multiplication des pièces justificatives.

En pratique, ce fichier est encore en cours de développement — la plupart des services contractants continuent de demander les pièces justificatives dans chaque dossier plutôt que d’y accéder directement.

Les cas d’exclusion automatique

Indépendamment des capacités, certaines situations entraînent une exclusion automatique de la soumission. Les principales :

  • Redressement ou liquidation judiciaire en cours
  • Condamnations pénales pour corruption, fraude, blanchiment ou autres infractions économiques graves
  • Fausse déclaration dans un dossier de soumission antérieur
  • Défaillance grave dans l’exécution d’un marché public antérieur ayant entraîné une résiliation aux torts de l’entreprise

La déclaration de probité, obligatoire depuis la loi 23-12 (article 66), engage l’entreprise sur ces points — une fausse déclaration engage la responsabilité pénale du signataire.

Comment vérifier votre éligibilité avant de soumissionner

Une grille de lecture rapide à appliquer à chaque AAO identifié :

Étape 1 — Certificat de classification requis ?
Votre secteur est-il soumis à l’obligation de certification professionnelle ? Si oui, détenez-vous le certificat avec le niveau (classification) correspondant au montant du marché ?

Étape 2 — Capacités techniques suffisantes ?
Les moyens matériels et les références de projets similaires demandés dans le CDC sont-ils cohérents avec ce que vous pouvez justifier ?

Étape 3 — Capacités financières suffisantes ?
Le chiffre d’affaires minimum exigé (si mentionné) correspond-il à votre réalité financière des 3 derniers exercices ?

Étape 4 — Situations d’exclusion ?
Votre entreprise est-elle en situation régulière sur le plan fiscal, social, et juridique ?

Si une réponse est non — évaluez si un GME ou une convention de sous-traitance avec un partenaire complémentaire permet de couvrir le gap, avant de renoncer au marché.

Questions fréquentes

Le certificat de qualification est-il obligatoire pour tous les marchés publics ?
Non — il est obligatoire uniquement pour les secteurs spécifiquement visés par la réglementation (BTP, travaux publics, ressources en eau, TIC notamment). Pour les autres secteurs (fournitures, services courants, études), les capacités sont vérifiées marché par marché dans le dossier de candidature.

Comment obtenir le certificat de qualification et de classification professionnelle ?
La procédure dépend du secteur. Pour le BTP par exemple, la demande est déposée auprès de la direction de wilaya compétente, sur la base d’un dossier incluant les moyens humains et matériels de l’entreprise, ses références et ses bilans. Des arrêtés sectoriels fixent les modalités précises par domaine d’activité.

Une entreprise récemment créée peut-elle soumissionner sans références ?
Oui, si le CDC n’exige pas de références obligatoires — ou en se prévalant des capacités d’un partenaire (sous-traitant ou cotraitant) qui détient ces références, sous réserve d’un lien juridique et de la participation effective de ce partenaire (article 44 de la loi 23-12).

Les capacités financières sont-elles toujours vérifiées ?
Pas systématiquement comme critère éliminatoire — cela dépend du CDC. Mais un service contractant peut exiger un chiffre d’affaires minimum ou des bilans pour les marchés d’un certain montant. Ces exigences doivent être définies dans le cahier des charges avant le lancement de la procédure (article 53).


Sources

  • Loi n° 23-12 du 5 août 2023 fixant les règles générales relatives aux marchés publics, Journal Officiel n° 51, articles 43, 44, 53 et 66 (texte intégral consulté via FAOLEX).
  • Décret exécutif n° 14-139 du 20 avril 2014 relatif à la qualification et à la classification professionnelles des entreprises du bâtiment, des travaux publics, des ressources en eau, des travaux forestiers et des systèmes d’irrigation.
  • Arrêté du 7 février 2017 fixant les modalités de classification des entreprises intervenant dans le cadre de la réalisation des marchés publics du bâtiment, des travaux publics, des ressources en eau et des travaux forestiers, Journal Officiel n° 07 du 7 février 2017.
  • Algérie360, « Loi sur la qualification professionnelle, les entreprises sommées de prouver leurs capacités », mars 2017.
  • CMS Law, « Algérie : quelles sont les règles de passation des marchés publics ? », décembre 2021 — analyse sur les capacités des candidats.

Pour la suite : documents obligatoires pour une soumission · première soumission checklist · glossaire des marchés publics algériens

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Note pour relecture avant publication : les secteurs listés comme soumis à l’obligation de certification professionnelle (BTP, travaux publics, ressources en eau, agriculture, TIC) sont sourcés sur l’article de presse Algérie360 de 2017 et le JO n° 07/2017 — la liste peut avoir évolué depuis. À vérifier si de nouveaux secteurs ont été ajoutés par texte réglementaire ultérieur.

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